Bernard Gairaud . Auteur Photographe

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LE REGIONAL (2016) Propos recueillis par Yves Thétiot

Auteur-photographe, Bernard Gairaud anime un café-photo chaque 2e jeudi du mois à La Case à Palabres (13300 SALON de Provence). Il y présente le travail de grands noms de la photographie et chacun est invité à en faire la lecture, partager et affiner ses connaissances afin que « le groupe » devienne de plus en plus expert.
 
Une bonne photo, c’est quoi pour vous ?
C’est souvent un cliché qui nous sidère et nous manquons de mots pour dire pourquoi. Car c’est bien l’émotion qui est là ! Mais pas que…
Une bonne photo raconte une histoire, une histoire qui doit parler à tous ! Chacun a envie de se l’approprier pour la poursuivre à sa façon, c’est donc une histoire qui n’est pas terminée, qui est brouillée, qui nous cache des éléments. Mais pas que…
Une bonne photographie nous fait perdre nos repères, dans la forme (la construction de l’image) ou sur le fond (sujet inhabituel, déstabilisant, choquant…). Quand à ceux qui touchent au fond et à la forme, ils seront encensés ou rejetés.
Une bonne photographie doit montrer ce que l’on ne voit pas, éclairer l’invisible, mettre de l’ombre sur le visible et surtout que tout cela ait du sens.
Enfin n’oublions pas qu’une photo peut être excellente à nos yeux, car nous y avons mis tout notre cœur et notre bon soin, parce qu’elle concerne un être ou un sujet aimé... Gardons-la dans notre album secret et surtout ne la montrons à personne, surtout pas à un photographe !

Le photographe est-il un solitaire ?
Malheureusement, oui ! Très souvent le photographe se sent en compétition face aux autres photographes. Et quand un photographe rencontre un photographe il est souvent question «d’engin»… et ce n’est pas un cliché.
Au niveau du labo (argentique ou numérique), c’est là aussi un exercice souvent solitaire et souvent, c’est à celui qui aura la dernière version!
Ceci dit, il est très utile de commencer en photo-club et de ne pas y être que consommateur, il faut prendre des initiatives, faire des propositions pour le groupe afin d’ acquérir de la maturité avant de prendre son envol…

Le numérique, constitue-t-il une avancée pour l’art photographique ?
Non pas une avancée mais la continuation logique. Comme de la locomotive à vapeur à l’électrique, puis le TGV… L’argentique ou le numérique ne sont que des considérations techniques qui n’ont rien à voir avec l’art photographique. Il s’agit là d’un objet (avoir) alors que photographier, c’est un sujet avec lequel il faut composer (être). Photographier, c’est écrire (ou dessiner) avec la lumière (mot proposé par Hercule Florence (Brésilien) en 1834). L’art photographique est une écriture que l’on va partager, qui a du sens (ou du non sens) : «un roman», «une nouvelle», «un poème», «une fiction», «un essai» voire «une interview» ! C’est raconter une histoire universelle à travers une image. Mais c’est aussi pouvoir faire rêver, réfléchir, discuter…

Faut-il beaucoup investir dans le matériel pour faire de bonnes photos ?
Tout dépend de quel type de photographie on veut faire ! Si on est fan de «piqué» et que toute photographie doit obéir à cette règle, si l’on pratique la photo animalière ou sportive, il faudra investir dans le matériel (boîtiers et objectifs) mais la bonne photo ne sera pas obligatoirement au rendez-vous, et attention à la surenchère…
Un appareil avec réglage des vitesses, du diaphragme et de la distance (avec autofocus débrayable) est souvent nécessaire, afin que notre photo ne soit pas celle de tout le monde (problème des algorythmes des automatismes, autofocus…). Si vous voulez que votre photo soit unique, il faut donc débrayer les automatismes. Surexposer ou sous exposer, bouger, changer de cadrage. Pour être créatif il faut évidemment faire différemment que la plupart des gens.

Mais plus que le matériel, c’est la lecture des grands photographes et de leurs images, la visite attentive des expositions et des musées, les exercices «à la manière de…» qui sont indispensables. Ce qui compte c’est notre «regard», c’est la connaissance intuitive de l’écriture photographique qui passe par le savoir, le savoir-faire et enfin viendra le savoir-être face à son sujet.

Quel est votre parcours photographique ?
J’ai commencé à faire des développements et tirage au labo photo du collège où j'étais interne. J’ai toujours aimé la photo et plus tard, le premier achat important a été l’achat d’un appareil reflex, un Pentax. Puis le temps a passé, mon parcours professionnel et ma vie familiale ne me laissaient plus franchement de temps à accorder à cette passion. Cependant j'ai parcouru beaucoup d'expositions et lu nombre de livres photos…
Je suis revenu à la photo en 1998 pour un documentaire en noir et blanc sur le festival de Venise. J’avais idée d’illustrer la transgression, voir ce qui se passe derrière le masque. Pourquoi se masquer ? Pour faire la fête, pour changer de statut ? Documenté et me mettant dans la peau d’un reporter,j'ai voulu raconter une fiction.
Plus tard à Cuba (2002), j'ai témoigné à ma façon en m'inspirant de Bobin, ce que j'ai vu et ressenti.
Puis à la suite d’un accident de santé, je me suis lancé dans la photographie symbolique, onirique où je voulait projeter ce qu'il y avait en moi, le noir et blanc s'imposait ! (2008).
Je travaille aujourd’hui en couleur mais en imprimant un flou de filé à mes photos pour sortir du réalisme qu’impose souvent la couleur.

Propos recueillis par Yves Thétiot
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Mon aspiration est que ma photo soit une image qui étonne et peut-être… donne à rêver !

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